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IFRS 18 en 2027 : comment préparer concrètement votre transition

IFRS 18 s'applique dès 2027, mais le chantier porte déjà sur les données 2026. Comparatifs, mapping de consolidation, MPM, systèmes et dry runs : voici ce que les directions financières doivent préparer maintenant.

Thomas Leduc
Thomas Leduc

Sales Leader France & Benelux. Responsible for IBM license sales and AEXIS solutions, from scoping to licensing, renewals, and software + services bundles.

10 min

IFRS 18 entre en application pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027. Pour les directions financières, sa mise en œuvre touche directement la production du reporting : données 2026 à retraiter, nouveaux classements, mapping de consolidation, MPM, tableau des flux et contrôles de clôture. L'application rétrospective impose également de pouvoir reconstruire les comparatifs selon les nouvelles règles. La préparation concerne donc autant les choix comptables que la qualité des données et leur traitement dans les outils de consolidation.

IFRS 18 : ce qu'il faut avoir en tête avant de commencer

  • IFRS 18 s'applique aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027.
  • La norme est appliquée rétrospectivement : pour un groupe clôturant au 31 décembre, les chiffres 2026 présentés en comparatif devront être retraités selon IFRS 18.
  • Le projet concerne donc déjà les données de l'exercice précédent.
  • Les changements peuvent toucher le plan de comptes, le mapping de consolidation, les liasses, le tableau des flux, les MPM, les contrôles et la communication financière.
  • Une première analyse doit permettre de vérifier si les données actuellement disponibles permettent déjà de produire ces nouvelles informations.

Peut-on attendre 2027 pour lancer le projet IFRS 18 ?

IFRS 18 est obligatoire pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027. Il n'existe pas de période générale supplémentaire permettant de poursuivre plusieurs mois sous IAS 1 avant d'engager la transition.

Toutes les adaptations techniques ne prennent pas nécessairement effet le même jour. En revanche, le processus financier doit permettre d'appliquer IFRS 18 pendant l'exercice 2027 et de produire les informations comparatives demandées.

La disponibilité des données 2026 devient alors déterminante. Certaines informations peuvent être récupérées après la clôture, mais une granularité insuffisante oblige souvent à reconstruire des analyses, à rechercher des justificatifs ou à multiplier les retraitements manuels.

L'IASB (s'ouvre dans un nouvel onglet) avait intégré cette contrainte dans son calendrier. Pendant l'élaboration de la norme, certaines entreprises avaient indiqué avoir besoin d'au moins deux années pour adapter leurs systèmes comptables et informatiques, préparer l'application rétrospective et organiser les échanges avec les auditeurs et les régulateurs.

Ce que le calendrier IFRS 18 implique réellement

Lecture opérationnelle du calendrier pour un groupe clôturant au 31 décembre
PériodeEnjeuCe qu'il faut sécuriser
2026Exercice comparatifDisponibilité des données nécessaires au retraitement IFRS 18
Fin 2026Préparation de la basculeMapping, règles, contrôles, MPM, flux et premiers tests
1er janvier 2027Début du premier exercice IFRS 18Processus de reporting capable de produire la nouvelle présentation
Publications intermédiaires 2027Premières publications sous IFRS 18Présentation adaptée et comparatifs correspondants
Clôture 2027Premiers comptes annuels completsProduction IFRS 18 auditée avec comparatif retraité

Le chantier commence dans les données de consolidation

Le plan de comptes groupe et le mapping de consolidation sont au centre du projet. Chaque compte doit être rattaché à une ligne du compte de résultat et à une catégorie IFRS 18, avec les informations qui justifient ce classement.

La difficulté apparaît lorsqu'un solde agrégé regroupe plusieurs natures économiques à classer différemment. Il faut alors revoir la donnée remontée par les entités, et parfois la structure des liasses de consolidation.

1. Revoir le mapping du compte de résultat

Le mapping doit affecter chaque compte à l'une des cinq catégories d'IFRS 18 : opérationnelle, investissement, financement, impôt sur le résultat et activités abandonnées. Leur contenu est détaillé dans notre article sur la nouvelle norme.

Pour l'équipe consolidation, chaque règle doit devenir exploitable dans le système : quels comptes, quelles entités et quelles opérations alimentent quelle catégorie. Les entités dont l'activité principale consiste à investir ou à financer des clients appliquent des règles particulières, à traiter séparément dans le mapping.

Les points de contrôle du mapping par catégorie

Questions de contrôle du mapping IFRS 18 pour une entité sans activité principale spécifiée
CatégoriePoint de contrôle dans le mapping
OpérationnelleLe mapping isole-t-il ce qui relève des autres catégories ? L'opérationnel étant résiduel, tout montant mal classé ailleurs s'y retrouve.
InvestissementLes revenus d'actifs générant un rendement indépendant sont-ils identifiables séparément dans les comptes ou les liasses ?
FinancementLes charges financières sont-elles assez détaillées pour distinguer les passifs de financement des autres passifs ?
Impôt sur le résultatLes montants sont-ils isolés sans retraitement manuel ?
Activités abandonnéesLe périmètre et les opérations concernés sont-ils identifiables ?

2. Vérifier la granularité réellement disponible

La mise en œuvre se complique lorsque les données disponibles sont trop agrégées pour appliquer les nouveaux classements.

Les écarts de change en donnent un bon exemple. Lorsqu'ils sont comptabilisés en résultat, leur classification dépend en principe de la catégorie de l'élément qui les a générés. Un montant unique de change remonté par une filiale peut donc être insuffisant lorsque plusieurs sous-jacents doivent être distingués.

La même difficulté peut apparaître pour les charges présentées par fonction et les informations par nature, certaines opérations financières ou les ajustements utilisés dans la communication de performance.

L'analyse d'impact peut être conduite à rebours depuis les futurs états financiers : pour chaque information attendue, il faut retrouver la donnée source, vérifier son niveau de détail et déterminer si les filiales la transmettent déjà.

3. Identifier les MPM avant la première publication

IFRS 18 introduit un encadrement spécifique des Management-defined Performance Measures, ou MPM. Il s'agit de certains sous-totaux de produits et de charges utilisés dans les communications publiques pour transmettre la vision de la direction sur la performance de l'entreprise.

Le recensement doit couvrir les différents supports de communication : communiqués de résultats, présentations investisseurs, rapports annuels et autres publications accessibles au public.

Lorsqu'un indicateur répond à la définition d'un MPM, l'entreprise doit notamment expliquer son calcul et son utilité puis le réconcilier avec le sous-total IFRS le plus directement comparable. Les effets fiscaux et ceux attribuables aux participations ne donnant pas le contrôle doivent également être pris en compte.

Cette réconciliation doit rester reproductible d'une période à l'autre et suffisamment documentée pour être contrôlée. Un calcul maintenu séparément du processus de reporting crée rapidement des difficultés de traçabilité.

4. Adapter le tableau des flux de trésorerie

IFRS 18 modifie IAS 7 (s'ouvre dans un nouvel onglet) ; les nouvelles règles de classement sont résumées dans notre article sur la norme.

Une entreprise qui utilisait d'autres options pour classer les intérêts et dividendes doit identifier les reclassements nécessaires. Avec la méthode indirecte, le rapprochement part désormais du résultat opérationnel : le paramétrage du tableau des flux est à revoir en conséquence.

Les comparatifs 2026 du tableau des flux doivent être produits avec les mêmes règles que l'exercice 2027.

5. Retraiter 2026 sans reconstruire l'exercice à la main

L'application rétrospective place 2026 au centre de la transition. Les chiffres publiés selon IAS 1 devront pouvoir être présentés selon la nouvelle structure IFRS 18 lorsqu'ils apparaîtront comme comparatifs.

Le passage entre les deux présentations gagne à être conservé directement dans le processus de consolidation : donnée source, compte, règle de mapping IFRS 18, éventuel reclassement et ligne de destination.

KPMG (s'ouvre dans un nouvel onglet) recommande d'intégrer les comparatifs à la roadmap et de prévoir, lorsque cela est possible, des exécutions parallèles en 2026 entre le reporting historique et le reporting intégrant IFRS 18. Les écarts peuvent ainsi être détectés et expliqués avant les premières publications obligatoires.

6. Préparer les contrôles, les tests et le dry run

Une règle de présentation est validée lorsqu'elle a fonctionné sur une clôture complète. Les tests couvrent le mapping, les règles de classement, les données remontées par les filiales, les éliminations, les reclassements, les MPM, le tableau des flux et les contrôles de cohérence.

EY (s'ouvre dans un nouvel onglet) décrit la mise en œuvre comme un parcours en phases : analyse d'impact, conception, modifications des systèmes et de la gouvernance, puis dry runs. L'objectif est une production stabilisée et prête pour l'audit avant les premières échéances IFRS 18.

Une roadmap IFRS 18 en six étapes

Exemple de séquencement d'un projet de transition dans un groupe existant
ÉtapeObjectifLivrable attendu
1. Impact assessmentIdentifier les écarts entre l'existant et IFRS 18Analyse d'impact et liste des décisions à prendre
2. Data & mappingVérifier les comptes et la granularité disponibleMapping IFRS 18 et besoins de données complémentaires
3. DesignDéfinir le futur reportingCompte de résultat cible, règles, MPM et flux
4. ImplémentationAdapter outils, liasses et contrôlesParamétrage et processus de consolidation
5. Comparatifs & testsProduire les chiffres 2026 dans le nouveau modèleReclassements documentés et reporting parallèle
6. Dry run & validationSimuler une clôture IFRS 18Résultats contrôlés, documentés et prêts pour revue

Combien de temps faut-il pour mettre IFRS 18 en place ?

Il n'existe pas de durée réglementaire standard pour un projet IFRS 18. Elle dépend du nombre d'entités, de l'hétérogénéité des plans de comptes, des systèmes de consolidation, de la granularité disponible, des MPM utilisés et du niveau d'automatisation recherché.

Et si votre projet IFRS 18 n'a pas encore commencé ?

Un projet lancé à quelques mois de l'entrée en vigueur doit commencer par un diagnostic ciblé. Certaines adaptations pourront être planifiées progressivement ; d'autres conditionnent directement la capacité à produire les comparatifs et les premières publications.

L'analyse peut porter sur quelques points prioritaires : le mapping actuel permet-il les cinq catégories ? Les filiales remontent-elles la granularité nécessaire ? Les comparatifs 2026 peuvent-ils être reconstruits ? Quels indicateurs publiés peuvent être des MPM ? Le tableau des flux devra-t-il être reclassé ? Les règles sont-elles documentées et auditables ?

Ces réponses permettent de distinguer les évolutions de paramétrage, les nouveaux besoins de collecte auprès des filiales, les adaptations du reporting groupe et les changements plus profonds du système de consolidation.

Les 8 questions à poser à votre organisation maintenant

  • Avons-nous défini le futur compte de résultat IFRS 18 ?
  • Chaque compte groupe peut-il être rattaché à une catégorie IFRS 18 de manière documentée ?
  • Les données 2026 nécessaires aux comparatifs sont-elles disponibles ?
  • Certaines informations doivent-elles être collectées avec davantage de granularité auprès des filiales ?
  • Quels indicateurs publiés peuvent répondre à la définition d'un MPM ?
  • Notre tableau des flux nécessite-t-il de nouveaux reclassements ?
  • Pouvons-nous exécuter un reporting IAS 1 et IFRS 18 en parallèle pour contrôler la transition ?
  • Une clôture test IFRS 18 peut-elle être réalisée avant la première publication obligatoire ?

Transformer IFRS 18 en un processus de reporting opérationnel

Les décisions comptables prises pendant le projet doivent ensuite être traduites dans les outils : dimensions de mapping, adaptations des liasses, règles de classement, contrôles, versions comparatives, réconciliations des MPM et restitution du compte de résultat.

Cette traduction opérationnelle conditionne la répétabilité du reporting à chaque clôture. Une règle correctement définie doit pouvoir être appliquée de façon cohérente par les différentes entités du groupe, contrôlée au niveau de la consolidation et expliquée aux auditeurs.

AEXIS accompagne les directions financières sur les problématiques de consolidation, de reporting et d'évolution des processus financiers. Un échange avec Thomas Leduc peut permettre d'examiner l'organisation existante, d'identifier les écarts prioritaires et de déterminer les adaptations à engager avant les premières publications IFRS 18.

Sources et ressources pour préparer IFRS 18

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Last updated on Oct 21, 2026